Mahabs by night

par Arthana  

Chaque soir, c’est cette rue de guest-houses et de kashmiri shops qui n’en finit pas de s’auto-commenter dans un va et vient perpétuel de scooters, comme si quelque chose s’y passait vraiment.

C’est ce chemin de terre qui va longeant les maisons assoupies sur fond sonore télévisuel, ces chiens étendus de tout leur long en travers du chemin. Ils ont des dégaines pas possibles ces chiens là, des têtes, des corps, des poils qu’aucune sélection naturelle ou pas n’aurait pu sciemment sélectionner. Il y a cette petite chienne aux yeux étrangement grands en rapport à la taille de sa tête. La première fois que je l’ai vu je me suis arrêtée pour l’observer de plus près. Je me suis accroupie à côté d’elle pour voir ses yeux extra-terrestres et quand je lui ai gratté amicalement la tête, elle a roulé sur le dos en remuant la queue.

Un peu plus loin il y a une famille de porcs que je croise aussi régulièrement. L’autre jour j’ai vu l’un d’entre eux entrer et sortir par une porte tourniquet avec une aisance assez déconcertante, comme si il rentrait chez lui. Je ne sais pas si ils appartiennent à quelqu’un ces porcs. Comme pour les vaches, étant donné qu’elles sont libres d’aller où elles veulent, ça semble impossible d’identifier leur propriétaire. Pour autant ça parait difficile de croire que tous ces animaux n’appartiennent qu’à eux-mêmes.

Plus loin encore, au carrefour de la rue qui mène au temple du rivage, il y a le bassin aux grenouilles. C’est un bassin qui sert une fois par an aux pèlerins venus s’y purifier, le reste du temps il appartient aux batraciens. Combien peuvent-ils être ? Des milliers je crois, qui tiennent assemblée chantante toutes les nuits. Le chemin redevient route. Au coin de la rue un marchand qui vend un peu tout, en général c’est là que je pense que je devrais acheter des bananes mais je ne les achètes jamais là, il y a toujours trop de monde, trop de regards, je ne sais pas.

Mon chemin serpente jusqu’à me retrouver face au bas-relief sculpté à même la roche de la descente du Gange, lieu mythique s’il en est. Il y a trop d’histoires qui courent sur cet endroit là. Celles, mythologiques, de sa création et des combats des Dieux qui y eurent lieu, et celles de notre ère, qui disent que c’est maudit depuis qu’un homme s’est pendu à la branche haute du grand arbre il y a une vingtaine d’années. Le phare lui, en surplomb, dispense son faisceau de lumière, imperturbable dans sa cadence, comme une montre suisse oubliée dans une ville fantôme du far west.

Oblique vers le sud, ciel constellé d’étoiles. J’entre dans le village, comme un cérémonial le chef de gang des chiens me toise avant de se mettre à gueuler. Après ce ne sont que des odeurs, celles du reflux des eaux stagnantes, d’un rat crevé qui attend sa décomposition atomique finale, celle aussi d’un frangipanier, fragrance exquise parmi la puanteur. Ça y est, je suis rendue chez moi. Good night Mamallapuram.

2 commentaires

Commentaire de: [Membre]
Sathya

Il y a de quoi ecrire un roman sur le sort et la vie de cerains animaux en inde
bonne continuation dans ton voyage et à très vite de te lire.
Sathya

24.11.08 @ 23:49
Commentaire de: Vanessa [Visiteur]  
Vanessa

Merci pour ton article qui m'a rapelé ma dernière visite en Inde ; et en particulier une de mes promenades dans Mamallapuram ; moi j'y avait rencontré, entre autre, un couple de singe assez espiègle au pied du phare.
A bientôt sur ton blog et n'oublie pas de nous faire partager tes photos quand tu en prends

Vanessa

01.12.08 @ 16:50


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